Le projet de loi de finances pour 2027 accorde une marge de manœuvre supplémentaire aux territoires ultramarins français. Le texte prévoit une progression de 10 % des crédits du ministère des Outre-mer, soit environ 320 millions d’euros supplémentaires. Son enveloppe atteint ainsi 3,68 milliards d’euros, dans un contexte où l’État cherche parallèlement à réduire son déficit et à contenir la progression de la dépense publique.
L’augmentation prend une dimension particulière dans les territoires confrontés à des besoins d’investissement élevés. Mayotte espère figurer au premier rang des priorités, après les importantes destructions provoquées par le cyclone Chido fin 2024. Mais à constater aussi que la reconstruction mobilise des financements répartis entre plusieurs programmes budgétaires, ce qui rend difficile une lecture limitée aux seuls crédits du ministère des Outre-mer. Le Programme des interventions territoriales de l’État (PITE) Mayotte bénéficiera en 2027 de 307 millions d’euros d’autorisations d’engagement et de 261 millions d’euros de crédits de paiement. À ces montants s’ajoutent 196 millions d’euros d’autorisations d’engagement et 257,6 millions de crédits de paiement prévus dans le cadre de la loi pour la refondation de Mayotte. Sur quatre ans, jusqu’en 2031, l’effort annoncé dépasse ainsi le demi-milliard d’euros.
L’enjeu n’est toutefois plus seulement celui des montants inscrits dans les lois de finances. Il concerne désormais leur capacité à être effectivement transformés en infrastructures, logements, équipements et services publics. Les chiffres disponibles illustrent cette difficulté. Sur les 674 millions d’euros annoncés pour la reconstruction, seuls 54 millions, soit 11,7 %, avaient été effectivement engagés selon les éléments communiqués par le gouvernement. Ce décalage entre crédits budgétés et dépenses réalisées constitue un risque majeur pour le calendrier de reconstruction. Le projet de loi prévoit donc une souplesse accrue pour certains programmes. Le plafond habituel de report des crédits, fixé à 3 %, pourra notamment atteindre 5 % pour plusieurs dispositifs, dont le PITE Mayotte. Cette disposition vise à éviter que des crédits non consommés ne soient perdus alors même que les besoins restent importants.
Soutenir l’économie locale
Le budget 2027 maintient également plusieurs mécanismes destinés à soutenir l’activité économique mahoraise. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) sera ainsi prolongé jusqu’à la fin de 2027. Le gouvernement estime qu’une disparition immédiate du dispositif serait inopportune dans un département encore fragilisé par les conséquences économiques et sociales du cyclone. À cette mesure s’ajoute la reconduction d’un soutien spécifique de 100 millions d’euros au Département-Région de Mayotte. Cette aide s’inscrit dans les contrats d’engagement conclus avec l’État et vise à accompagner une collectivité confrontée à de fortes tensions financières.
Cette solidarité budgétaire n’est cependant pas exempte de critiques. La chambre régionale des comptes avait souligné en 2025 le caractère devenu structurel du déficit de la collectivité et appelé à une stratégie financière plus durable. L’enjeu consiste donc à concilier soutien immédiat et rétablissement progressif des équilibres budgétaires. Pour le gouvernement, l’augmentation des crédits constitue un signal politique et économique en faveur des territoires ultramarins. Mais le projet de loi doit encore franchir l’étape parlementaire, dans un contexte marqué par les tensions sur les finances publiques et par une Assemblée nationale fragmentée.
Au-delà du vote, la question sera celle de l’efficacité de la dépense. À Mayotte comme en Nouvelle-Calédonie, où les besoins de reconstruction demeurent considérables, les crédits publics devront désormais produire des résultats visibles. Dans ces territoires, l’enjeu budgétaire ne se résume donc pas à augmenter les enveloppes : il s’agit surtout de transformer rapidement l’argent public en investissements capables de soutenir durablement l’activité et de renforcer les infrastructures.
