Le dossier des Chagos remet aujourd’hui en lumière les divergences de lecture. Spécialistes de la géopolitique, figures politiques expérimentées et autres observateurs défendent des approches différentes face au blocage de l’accord conclu avec le Royaume-Uni en 2025.
Les différentes prises de position interviennent alors que le processus de transfert de souveraineté reste suspendu à l’évolution des discussions entre Londres et Washington. Pour le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, il est crucial de privilégier la discrétion. Il a expliqué son absence à la 81e Assemblée générale des Nations unies par son choix de poursuivre une « quiet diplomacy ». Selon lui, une confrontation publique avec Donald Trump n’aurait pas servi les intérêts mauriciens. Le chef du gouvernement a également annoncé des échanges avec des responsables britanniques afin de poursuivre les discussions sur le dossier.
Cette stratégie ne fait toutefois pas l’unanimité. Paul Bérenger considère pour sa part que Maurice ne devrait pas rester en retrait alors que l’avenir de l’accord se joue notamment dans les relations entre Londres et Washington. Xavier-Luc Duval adopte une position plus critique encore et met directement en cause la conduite du gouvernement dans ce dossier. Ces deux lectures traduisent des désaccords politiques sur la méthode à privilégier, mais aussi sur la responsabilité dans la situation actuelle. Le contexte international a profondément changé depuis la signature de l’accord anglo-mauricien en mai 2025. Celui-ci prévoyait la reconnaissance par le Royaume-Uni de la souveraineté mauricienne sur l’ensemble de l’archipel, tout en maintenant une présence militaire britannique et américaine à Diego Garcia.
En septembre 2026, Donald Trump a publiquement rejeté le dispositif, le qualifiant de « terrible deal ». Le gouvernement britannique a depuis confirmé que l’accord devait être réexaminé en raison de l’absence de soutien américain. Les versements prévus au bénéfice de Maurice ont également été suspendus dans l’attente d'une évolution du dossier. La question dépasse donc désormais le seul débat politique mauricien. Elle implique trois acteurs aux intérêts distincts : Maurice, qui défend sa souveraineté sur l’archipel, le Royaume-Uni, qui souhaite préserver ses intérêts stratégiques à Diego Garcia, et les États-Unis, dont le soutien apparaît déterminant pour l’avenir du dispositif militaire.
L’approche de la « quiet diplomacy »
Dans ce contexte, l’Attorney General Gavin Glover défend lui aussi l’approche de la « quiet diplomacy » et appelle à laisser les discussions suivre leur cours. Cette position rejoint celle du Premier ministre, qui entend privilégier les échanges directs plutôt qu’une confrontation publique. La difficulté tient cependant au décalage entre cette volonté de discrétion et la forte exposition publique du dossier à Londres et à Washington. Le gouvernement britannique a reconnu que l’accord ne pouvait progresser sans l’appui américain, tandis que Washington a clairement fait connaître ses réserves.
Un cadre de la Commission de l'Océan Indien (COI) soutient pour sa part que l’enjeu est désormais de préserver les acquis de l’accord de 2025 tout en poursuivant les discussions avec ses partenaires. Les débats sur la méthode, la responsabilité politique ou le degré de publicité à donner aux négociations restent ouverts. Mais le dossier des Chagos se trouve surtout confronté à une nouvelle réalité diplomatique : un accord signé ne constitue pas nécessairement un accord définitivement acquis lorsque plusieurs intérêts stratégiques doivent encore converger.
Olivier Bancoult , figure du combat juridique des Chagossiens pour le droit au retour, natif de Peros Banhos, a quant à lui réagi aux positions maldiviennes. Il y rappelle d'abord l'ancienneté de l'enracinement de son peuple : « On a environ cinq générations qui ont vécu sur les Chagos. Et on a vécu toujours très bien », dit-il, soulignant que les Chagossiens ont leur propre langue, « le même créole que les Mauriciens, mais avec différents accents ». Enfin, la plateforme The Chagossian Voices, a tenu à rappeler dernièrement que l'archipel des Chagos est constitué de sept atolls regroupant au moins 60 îles, à environ 500 kilomètres au sud des Maldives et à plus de 2 000 kilomètres au nord-est de Maurice. D'une superficie totale de 56 km², il est aujourd'hui administré par le Royaume-Uni sous le nom de British Indian Ocean Territory (BIOT). Situé à l'extrémité sud de la dorsale sous-marine Chagos-Laccadive, l'ensemble comprend notamment les îles Salomon, Nelson, Peros Banhos, ainsi que les Trois Frères, Eagle, Egmont et Danger, Diego Garcia se trouvant au sud-est.
