La valorisation des déchets s’impose progressivement comme un enjeu environnemental et économique pour les îles de l’océan Indien. À La Réunion, la quatrième édition du Forum 17 ODD, organisée par Le Journal des Archipels autour du thème « Nos déchets, des trésors à valoriser », a réuni des acteurs économiques, institutionnels, scientifiques et associatifs autour d’une question commune : comment faire de la gestion des déchets un levier de développement durable pour l’Indianocéanie ?
De La Réunion à Maurice, de Madagascar aux Seychelles, en passant par les Comores et Mayotte, les territoires insulaires sont confrontés à des problématiques comparables. La pression démographique, l’urbanisation, l’évolution des modes de consommation et la dépendance aux importations compliquent la gestion des déchets. Les emballages plastiques, les déchets ménagers et les résidus issus des activités économiques constituent notamment une source de pollution pour les sols, les cours d’eau et les milieux marins; Dans ces territoires où les espaces disponibles pour le traitement et le stockage des déchets sont souvent limités, la prévention, le tri, le recyclage et la réutilisation représentent des pistes à développer.
Selon toujours les explications fournies, ces activités devraient également favoriser l’émergence de nouvelles filières économiques, soutenir l’entrepreneuriat local et contribuer à la création d’emplois. Leur développement reste toutefois tributaire des infrastructures, des investissements, de la réglementation et de l’existence de débouchés pour les matières récupérées. Les échanges du forum ont aussi mis en évidence un défi de société : la distance qui peut exister entre la sensibilité environnementale des populations et leurs pratiques quotidiennes. Les résultats d’une étude présentée par Analysis, affilié à Kantar, ont notamment souligné ce décalage.
La sensibilisation ne suffit donc pas, à elle seule, à transformer durablement les comportements. L’accès à des dispositifs de collecte adaptés, la disponibilité de solutions de tri et la compréhension de l’utilité des gestes individuels jouent également un rôle déterminant. Pour convaincre les habitants, les initiatives doivent produire des résultats visibles et mesurables. La réduction des déchets abandonnés, l’amélioration de la collecte ou la création de débouchés pour les matériaux recyclés peuvent contribuer à renforcer la confiance dans les dispositifs mis en place. Cette évolution suppose aussi une mobilisation coordonnée des collectivités, des entreprises, des associations et des citoyens. La responsabilité des producteurs et des distributeurs, tout comme l’organisation des services publics de collecte et de traitement, constitue un autre volet important de cette transition.
La Commission de l’océan Indien (COI) participe à cette dynamique à travers le programme ExPLOI, pour « Expédition Plastique Océan Indien », soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds français pour l’environnement mondial. Cette initiative s’inscrit dans les efforts engagés pour mieux comprendre et combattre la pollution plastique dans la région. Le partenariat signé avec Qualitropic, pôle de compétitivité réunionnais, souligne pour sa part l’intérêt de rapprocher les compétences scientifiques, les entreprises et les acteurs de l’innovation. La circulation des connaissances et le partage d’expériences peuvent faciliter l’adaptation de solutions aux réalités de chaque territoire.
Pour l’Indianocéanie, l’enjeu est désormais de dépasser les échanges de bonnes pratiques pour construire des projets opérationnels, mobiliser des financements et développer des filières viables. Les déchets ne deviendront pas automatiquement une richesse. Leur valorisation exige des politiques cohérentes, des infrastructures adaptées et des marchés capables d’absorber les matières récupérées. La coopération régionale peut néanmoins aider les îles à mutualiser leurs moyens et à faire émerger des réponses communes à des défis qui dépassent leurs frontières.
