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COMORES | Transformer la filière rizicole

Produit de base dans l’alimentation d’une grande partie de la population comorienne, le riz ordinaire a régulièrement fait défaut dans les commerces, avec des épisodes de pénurie particulièrement marqués ces dernières années. Ces dernières années, les difficultés d’approvisionnement ont mis en évidence les fragilités du système d’importation et les tensions sur les prix. D'où l'engagement de la Banque mondiale d'épauler le pays dans la réforme de sa filière rizicole.


Produit de base dans l’alimentation d’une grande partie de la population comorienne, le riz ordinaire a régulièrement fait défaut dans les commerces, avec des épisodes de pénurie particulièrement marqués ces dernières années. Ces dernières années, les difficultés d’approvisionnement ont mis en évidence les fragilités du système d’importation et les tensions sur les prix. D'où l'engagement de la Banque mondiale d'épauler le pays dans la réforme de sa filière rizicole.


Pendant plusieurs décennies, les importations de riz ordinaire, notamment les brisures, ont été confiées à l’Office national d’importation et de commercialisation du riz (ONICOR), une entreprise publique disposant de moyens financiers limités au regard des besoins du marché. Ce dispositif a contribué, selon les analyses ayant accompagné la réforme, à rendre l’approvisionnement dépendant des capacités de l’opérateur public. Lorsque les importations ne suffisaient pas à couvrir la demande, les conséquences se répercutaient rapidement sur les disponibilités et les prix. Face à ces difficultés récurrentes, les autorités comoriennes ont engagé une réforme avec l’appui de la Banque mondiale. L’objectif est de modifier progressivement les règles du marché sans compromettre la régularité de l’approvisionnement d’un produit particulièrement sensible pour les ménages.


Une première étape a été franchie en 2023 avec la levée, par décret présidentiel, du monopole de l’ONICOR sur les importations de riz ordinaire. La mesure a ouvert la possibilité à des opérateurs privés d’entrer sur un marché jusque-là largement contrôlé par l’État. La libéralisation n’a toutefois pas immédiatement produit les effets attendus. L’ouverture juridique du marché ne suffisait pas à attirer de nouveaux importateurs. Les règles encadrant l'accès au secteur manquaient encore de précision, créant une incertitude susceptible de décourager les entreprises intéressées. Une assistance technique financée par l’Union européenne dans le cadre du programme ACP Business Friendly, avec l’appui de la Banque mondiale, a alors associé administrations et représentants du secteur privé. Les travaux ont porté sur la définition de critères plus lisibles pour l’attribution des licences d’importation.


Un arrêté du ministère de l’Économie a ainsi fixé plusieurs conditions. Les entreprises candidates doivent notamment pouvoir démontrer leur capacité financière à financer leurs opérations, disposer d’une existence juridique et fiscale régulière et respecter les normes sanitaires et environnementales. Le texte ne conditionne pas l’obtention d’une licence à une capacité minimale de stockage. Ce choix vise notamment à ne pas réserver l’accès au marché aux opérateurs disposant déjà d’importantes infrastructures. L’ouverture du marché soulève cependant une autre question : celle de la concentration. Remplacer un monopole public par un nombre très limité d’importateurs privés ne garantirait pas nécessairement une concurrence effective. Les autorités comoriennes ont donc cherché à intégrer des mécanismes de contrôle dans le nouveau dispositif. 


En juin 2024, le ministère de l’Économie a notamment établi une commission associant les secteurs public et privé pour contribuer au suivi de l’attribution des licences. L’objectif affiché est de renforcer la transparence et de limiter les décisions discrétionnaires, tout en prévoyant des garde-fous destinés à réduire les risques de conflits d’intérêts. L’expérience d’autres pays africains, notamment celle du Sénégal lors de l’ouverture de son marché du riz dans les années 1990, sert de point de comparaison. Elle montre qu’une libéralisation peut faire émerger de nouveaux opérateurs, mais aussi que la concurrence nécessite des règles suffisamment claires pour éviter une concentration excessive. Pour les Comores, la réforme reste donc une transformation progressive plutôt qu’un changement immédiat de modèle. L’enjeu sera également de maintenir un équilibre entre ouverture aux entreprises privées et sécurité alimentaire.