Les élus du Syndicat intercommunal de traitement des déchets du Nord et de l’Est (Sydne) discutent autour d’un dossier qui engage directement la continuité du traitement des déchets ménagers à La Réunion. À l’ordre du jour figure notamment un nouveau marché transitoire destiné à assurer, pendant un an, le tri, le traitement, la valorisation et le stockage des déchets des communes de la Cinor et de la Cirest.
Avant la réunion du comité syndical, une commission d’appel d’offres doit examiner le rapport d’analyse des candidatures et des offres reçues, puis se prononcer sur une éventuelle attribution. Le marché doit couvrir la période allant du 30 octobre 2026 au 29 octobre 2027. Son caractère temporaire tient à la situation particulière créée par la fin prochaine du marché MN48, dont une partie a été remise en cause par la justice en raison d’irrégularités dans sa passation. Le Sydne a évalué le montant de ce marché transitoire à 29 millions d’euros. L’enjeu financier est d’autant plus important que les procédures précédentes n’ont pas permis de dégager une solution durable.
En octobre 2025, une première offre de Suez-Inovest, alors seul candidat, avait été rejetée pour un motif d’intérêt général. Pour un contrat de dix ans estimé à 190 millions d’euros par le Sydne, le groupement avait proposé 314 millions d’euros. Une nouvelle procédure, excluant cette fois le principe d’un « bien de retour » concernant le centre multifilières, n’avait ensuite suscité aucune offre concurrente. La situation tient notamment à la place occupée par l’usine de tri et de valorisation dans le dispositif réunionnais. Inovest, filiale de Suez, en assure l’exploitation et demeure le seul opérateur à disposer de cet équipement essentiel au traitement des déchets concernés.
Les divergences financières entre le syndicat et Suez constituent ainsi l’un des principaux points de tension du dossier. En février 2026, le président du Sydne avait qualifié de « financièrement inacceptable » une nouvelle proposition du groupe et saisi l’Autorité de la concurrence au sujet d’un possible abus de position dominante. Suez contestait cette lecture, affirmant que ses tarifs correspondaient aux conditions du marché et mettant notamment en cause l’absence d’audit indépendant en fin de contrat. Une offre présentée en 2026 pour un marché de six ans atteignait 236 millions d’euros, alors que l’estimation du Sydne était de 100 millions. Rapporté à une année, le montant proposé représentait environ 39,3 millions d’euros, soit un niveau supérieur à l’enveloppe annuelle correspondant au marché transitoire.
La procédure actuelle trouve son origine dans le marché MN48, conclu en 2017 pour 240 millions d’euros sur quinze ans. Sa passation, effectuée sans publicité ni mise en concurrence selon les éléments rapportés dans le dossier, avait été contestée devant la justice. Le Conseil d’État l’a ensuite déclaré irrégulier, tout en permettant sa régularisation afin d’éviter une interruption du service public. La réduction de sa durée de vie doit conduire à son terme le 30 octobre prochain. Le marché transitoire doit donc assurer la continuité du service dans l’attente d’une solution plus durable. Pour les collectivités du nord et de l’est de La Réunion, le dossier dépasse la seule question de l’attribution d’un contrat. Il renvoie à la maîtrise des coûts, aux conditions de concurrence, à la pérennité des infrastructures existantes et à la capacité du Sydne à organiser, à moyen terme, une filière de traitement des déchets répondant aux contraintes économiques, environnementales et réglementaires.
