Les débats autour des organismes génétiquement modifiés (OGM) pourraient bientôt s’inviter au cœur des relations commerciales entre les États-Unis et la région. Des organisations représentant le secteur agricole américain appellent en effet l’administration Trump à utiliser l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) comme un instrument de pression afin d’encourager les pays à adopter des réglementations plus favorables aux produits issus des biotechnologies agricoles.
Dans une lettre adressée au Bureau du Représentant américain au Commerce, un collectif regroupant quinze organisations agricoles, dont l’Association nationale des producteurs de maïs et la Fédération américaine des agriculteurs, estime que les barrières non tarifaires liées aux biotechnologies limitent l’accès des producteurs américains aux marchés africains. Selon ces organisations, la majorité des pays du continent maintiennent des réglementations restrictives qui freinent l’importation et la commercialisation de produits agricoles issus des OGM. Pour ces acteurs, l’AGOA représente un levier stratégique. Ce programme commercial, lancé en 2000, offre aux pays d’Afrique subsaharienne éligibles un accès préférentiel au marché américain pour plus de 1 800 produits, en franchise de droits de douane, en complément des avantages déjà prévus par le système généralisé de préférences. En contrepartie, les pays bénéficiaires sont invités à progresser dans l’élimination des obstacles au commerce et à l’investissement.
Le contexte actuel semble particulièrement favorable à ces revendications. Après avoir expiré le 1er octobre 2025, l’AGOA a été prolongé jusqu’à la fin de l’année 2026 par une loi promulguée le 3 février par le président Donald Trump. Cette extension de onze mois est présentée par Washington comme une période de transition destinée à moderniser le programme et à l’aligner davantage sur la doctrine économique « America First ». Dans cette perspective, la Maison-Blanche souhaite que les pays cibles ouvrent davantage leurs marchés aux produits américains afin de continuer à bénéficier des avantages du programme. Les organisations agricoles américaines considèrent que cette révision de l’AGOA constitue une occasion unique d’intégrer des critères favorisant l’acceptation des biotechnologies agricoles et l’accès aux marchés pour les producteurs américains.
L’enjeu économique est de taille. Selon les données du département américain de l’Agriculture (USDA), les échanges agroalimentaires entre les États-Unis et l’Afrique ont progressé de 55 % en 2025 pour atteindre près de 11,57 milliards de dollars. Fait notable, la balance commerciale agricole a affiché un léger excédent en faveur de l’Afrique, estimé à 141 millions de dollars. Il s’agit de la première fois depuis cinq ans que le continent exporte davantage de produits agroalimentaires vers les États-Unis qu’il n’en importe. Malgré cette dynamique, l’intégration des OGM dans les systèmes agricoles africains demeure limitée. Seuls quelques pays autorisent la culture de plantes génétiquement modifiées à des fins commerciales ou expérimentales.
De nombreux gouvernements africains continuent d’adopter une approche prudente. Les préoccupations liées à la biosécurité, à la préservation de la souveraineté semencière, à la protection de la biodiversité et au maintien de certains débouchés commerciaux internationaux expliquent en grande partie cette réserve. La question reste désormais de savoir si les avantages commerciaux associés à l’AGOA suffiront à influencer les choix réglementaires des pays d'Afrique et de l'océan Indien. Entre opportunités économiques et préoccupations de souveraineté, le débat sur les OGM pourrait devenir un nouvel enjeu majeur des relations entre Washington et les pays de la région.
