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MADAGASCAR | Focus sur Antson’ny tontolo miaina

Antson’ny tontolo miaina s’adresse à celles et ceux pour qui l’art et l’environnement dialoguent avant de convaincre. Placée sous la direction artistique de la curatrice Ihoby Rabarijohn, cette initiative voit le jour en 2023 avec une ambition claire : relier création artistique et nature afin de sensibiliser aux enjeux environnementaux par la voie du sensible, loin de tout discours moralisateur. La troisième édition, intitulée Dendrophile, qui vient de s’achever, a pleinement répondu aux attentes des organisateurs.


Antson’ny tontolo miaina s’adresse à celles et ceux pour qui l’art et l’environnement dialoguent avant de convaincre. Placée sous la direction artistique de la curatrice Ihoby Rabarijohn, cette initiative voit le jour en 2023 avec une ambition claire : relier création artistique et nature afin de sensibiliser aux enjeux environnementaux par la voie du sensible, loin de tout discours moralisateur. La troisième édition, intitulée Dendrophile, qui vient de s’achever, a pleinement répondu aux attentes des organisateurs.


Depuis sa première édition, Antson’ny tontolo miaina – que l’on peut traduire par Interpeller le vivant – fédère artistes, designers, créateurs et penseurs autour d’un espace commun, pensé comme une reconnexion à la nature par l’émerveillement. Après avoir interrogé la place du vivant il y a trois ans, puis célébré les oiseaux de Madagascar avec Ravorona en 2024, cette troisième édition a prolongé la réflexion en se consacrant à l’amour des arbres, à travers une série de rendez-vous organisés au Flow Gallery Ivandry, dans le hall de l’aéroport international d’Ivato, puis à la zone Zital Ankorondrano, site de l’exposition principale (du 17 janvier au 6 février 2026).


Le temps fort final de cette troisième édition de Dendrophile – Antson’ny tontolo miaina a accueilli près de 750 visiteurs, sans compter les visites scolaires et associatives. À leur manière, et à travers les propositions artistiques, les organisateurs ont rappelé qu’il est toujours plus aisé de prendre soin de ce que l’on aime. Tout a ainsi été conçu pour privilégier l’émotion, la transmission et l’expérience sensorielle, dans une approche accessible à tous. L’enjeu était de « réémerveiller » le lien aux arbres par la réminiscence. « On dit que les Malgaches sont des gens du cœur ; l’exposition a été pensée comme un espace favorable à la sensation, aux souvenirs et aux expériences émotionnelles et sensorielles, afin de sensibiliser par le sensible à la relation entre l’homme et son environnement arboré », expliquaient également les organisateurs.


Refuge du vivant, du sauvage , de l’inconnu et du sacré


Le thème Dendrophile met en lumière l’arbre comme source d’émotions multiples. En s’appuyant sur la richesse exceptionnelle de la biodiversité malgache, les œuvres présentées ont su explorer la manière dont l’arbre devient à la fois symbole et acteur de notre rapport au vivant. Une question traverse ainsi l’exposition : comment l’amour des arbres peut-il nous ancrer dans le soin d’une terre devenue si rouge, presque sanglante, et nourrir l’espoir d’un environnement plus vert, capable de réenchanter l’avenir ? De la racine à la sève, du tronc aux branches, des feuilles aux fruits, la symbolique de l’arbre comme image de la vie se décline de manière plurielle.



Le thème Dendrophile met en lumière l’arbre comme source d’émotions multiples. En s’appuyant sur la richesse exceptionnelle de la biodiversité malgache, les œuvres présentées ont su explorer la manière dont l’arbre devient à la fois symbole et acteur de notre rapport au vivant.


Dans les contes, légendes et proverbes, mais aussi dans le quotidien, forêts et arbres incarnent le refuge du vivant, du sauvage, de l’inconnu et du sacré, suscitant tour à tour crainte et fascination. Participatives, surprenantes ou plus contemplatives, les œuvres des artistes ont multiplié les approches arborescentes pour rappeler l’importance fondamentale de l’arbre dans l’écosystème, ainsi que l’intensité de l’attachement qu’on lui porte. Madagascar, reconnu pour la singularité de sa biodiversité, entretient une relation intime et symbolique avec l’arbre. À travers Dendrophile, les artistes ont eu une belle opportunité d'interroger cette relation et de poser une question centrale : comment cet attachement peut-il nourrir une conscience renouvelée du soin à la terre et ouvrir la voie à un futur plus respectueux de l’environnement ?


Sujet universel et intemporel, l’arbre traverse toute l’histoire de la création artistique. La programmation a su mettre en scène ses multiples dimensions à travers des œuvres issues de disciplines et de médiums variés. En privilégiant l’émotion et l’expérience sensible, Dendrophile réussit à s’imposer comme une lecture artistique des enjeux environnementaux, sans jamais verser dans le discours prescriptif. L’exposition rappelle également que Antson’ny tontolo miaina s’inscrit dans une démarche résolument interdisciplinaire. Parmi les artistes plasticiens et designers présents figurent notamment FanjaR, Jessica Solomon, Noely Ratsimiebo, Saïda Augustine, Iandry Randriamandroso, Kiady Ratovoson et Rado Ramilison.


De l'amontana au jacaranda en passant par le banyan


Fanjar suit la canopée de son imaginaire, personnifie l’arbre et raconte, à travers ses œuvres, ses rencontres avec ces êtres silencieux qui ont tant à transmettre. L’artiste plasticienne invite à une exploration de l’anatomie des arbres, conçue comme un voyage intérieur au cœur de l’âme du vivant. À Ala Kintana, elle découvre un amontana âgé d’environ quatre-vingts ans. Pour elle, cet arbre endémique de Madagascar fait partie de ces vénérables qui veillent sur la terre. Une conversation lui révèle qu’il est, selon la tradition, le premier arbre à planter sur un terrain : ses racines vont puiser l’eau la plus pure de la nappe phréatique et, en remontant cette source, favorisent l’irrigation du sol environnant. Sa croissance singulière, toute en courbes à la base avant de s’élever vers le ciel, semble porter une forme de philosophie. Fanjar a également animé des ateliers durant l’exposition à la zone Zital.



Fanjar suit la canopée de son imaginaire, personnifie l’arbre et raconte, à travers ses œuvres, ses rencontres avec ces êtres silencieux qui ont tant à transmettre.


Noely Ratsimiebo, pour sa part, s’est laissée guider par le jacaranda et sa floraison mauve emblématique. Sous l’ombre protectrice de son feuillage, une lumière filtrée à travers la canopée se diffracte, comme projetée par une boule à facettes, évoquant la sensation d’un sous-bois réinventé, à la frontière du réel et du rêvé. Cette canopée est rythmée par la chute lente de pétales mauves, clin d’œil assumé à l’art cinétique. L’œuvre invite à renouer avec l’arbre dans ce qu’il offre de protection et de douceur : voir la lumière danser, ressentir la texture des matières, c’est replonger dans ces instants d’enfance passés allongé sous un feuillage. Les matériaux naturels – fils, cordages, entrelacs – dialoguent avec la figure de l’araignée-mère de Louise Bourgeois, tisseuse de refuge. Tissage, broderie, cannage se superposent en strates successives, métaphore d’une transmission vivante des savoirs, entre héritages et souvenirs, entre accidents et créations.


De ces gestes conjugués naît une œuvre où la main artisanale élève un regard universel, révélant la tension entre artifice et authenticité : plus on cherche à reproduire le vivant, plus sa perte devient perceptible. Entre nature reconstruite et nature disparue, le sentiment demeure. Aham Archi, avec Sève de mots, a quant à elle choisi de travailler autour du banyan, arbre sacré et arbre à prières. Née à La Réunion et installée à Madagascar depuis 2017, elle puise dans ces deux îles ses racines et son imaginaire. Le banyan y occupe une place essentielle : arbre de méditation et d’offrandes à La Réunion, arbre des ancêtres et des palabres à Madagascar.


Une édition riche en échanges humains


Le banyan devient pour l’artiste un symbole de passage, de lien et de mémoire, reliant ses appartenances multiples. L’installation déploie des chaînes suspendues, semblables à des lianes. Des fragments de papier antemoro brodés de mots y côtoient miroirs et nacre, dans un bruissement de matières et de lumière. Le visiteur est invité à tourner autour de l’œuvre, à se laisser porter par la verticalité des mots, porteurs de vie et de résonance. Dans plusieurs traditions, on ne pénètre pas sous le banyan : on s’en approche avec respect, on y suspend vœux et offrandes. Au sol, un cercle de terre et de feuilles mortes rappelle le lien à la terre, tandis que des parfums naturels émanant des papiers antemoro éveillent les sens et la mémoire. L’œuvre se veut participative : des fragments de papier antemoro brodés de mots rouges, couleur des rubans d’offrandes, sont proposés aux visiteurs, invités à choisir un mot qui résonne en eux et à l’accrocher autour de l’installation.





À noter également que Dendrophile – Antson’ny tontolo miaina a inspiré à Johary Ravaloson ses premiers textes en prose, écrits exclusivement en malgache. Installé en France depuis dix ans, l’auteur de 80 mots de Madagascar se consacre à l’écriture, à la traduction et à l’édition. « Pour Antson’ny tontolo miaina, suivant la comptine enfantine Isa ny amontana, j’ai compté jusqu’à dix caprices… », explique-t-il, évoquant successivement l’amontana, l’aviavy, l’arbre à pain, le bois bleu, le tamarinier, le bois de rose, le baobab, l’arbre femme, le chanvre sacré des ancêtres, avant de revenir à l’arbre femme. « On ne peut vivre sans eux. On en a tant besoin qu’on les épuise : la femme s’en va ou l’arbre disparaît, il nous manque et on meurt. »


Les artistes et les œuvres cités ne constituent qu’un aperçu des réalisations qui ont marqué cette nouvelle édition de Antson’ny tontolo miaina. Focus océan Indien ne manquera pas de mettre en lumière les autres artistes ayant contribué au succès de Dendrophile. « Au-delà des chiffres et du bilan, c’est la richesse des échanges humains qui distingue cette édition. Chaque visite est devenue une expérience unique, presque intime. Chaque visiteur a construit sa propre lecture des œuvres », confie Ihoby Rabarijohn. « Si les artistes proposent une intention, le public y répond par ses émotions, ses souvenirs et ses questionnements. Un dialogue discret mais intense se tisse alors, offrant à chaque création une pluralité de sens. »