Le bilan du commerce extérieur mauricien pour l’année 2025 met en lumière une réalité économique contrastée. Malgré une croissance du produit intérieur brut (PIB) estimée à environ 3,2 %, le pays continue de faire face à un déficit commercial persistant et important, reflet de déséquilibres structurels qui fragilisent l’économie nationale. Les chiffres disponibles à la fin de l’année confirment que, si certains indicateurs restent positifs, les vulnérabilités demeurent préoccupantes.
Tout au long de 2025, les importations sont restées élevées, tirées principalement par les besoins en denrées alimentaires, en combustibles et en machines. Cette dépendance structurelle aux produits importés a lourdement pesé sur la balance commerciale. En octobre 2025, le déficit commercial a atteint Rs 22,1 milliards (475,7 millions USD), son niveau le plus élevé des dix derniers mois, conséquence directe d’une forte hausse des importations. En juin, le déficit s’élevait déjà à Rs 19,1 milliards, avec des importations évaluées à Rs 28,4 milliards contre seulement Rs 9,3 milliards d’exportations. Une amélioration relative a été observée en juillet, le déficit reculant à Rs 14,5 milliards, sans toutefois inverser la tendance de fond.
Du côté des exportations, la situation demeure instable. Les données font état d’une baisse des exportations en juin 2025 par rapport à l’année précédente, illustrant les difficultés rencontrées par certains secteurs traditionnels à maintenir leur compétitivité sur les marchés internationaux. Cette volatilité des exportations, combinée à la progression soutenue des importations, continue d’alimenter le déséquilibre du commerce extérieur. Paradoxalement, cette dynamique n’a pas empêché l’État d’enregistrer une hausse significative des recettes fiscales. Les taxes sur les produits devraient rapporter Rs 105,7 milliards en 2025, soit une augmentation de 12,1 %. Cette progression offre une marge de manœuvre budgétaire appréciable, mais elle ne suffit pas à dissiper les inquiétudes liées aux finances publiques.
En effet, plusieurs signaux appellent à la prudence. L’investissement privé est en baisse, ce qui pourrait freiner la croissance future et limiter la capacité de l’économie à se transformer. Plus préoccupant encore, la dette publique atteint environ 89,3 % du PIB à la fin septembre 2025, un niveau jugé élevé et potentiellement contraignant pour les politiques économiques à moyen terme. Ainsi, l’année 2025 apparaît clairement comme une période de transition pour l’économie mauricienne. Si la croissance se maintient et que les recettes de l’État progressent, l’ampleur des déficits extérieurs souligne l’urgence de réformes structurelles.
Diversifier les exportations, renforcer la compétitivité des entreprises locales et gérer avec rigueur le financement des déficits figurent parmi les priorités incontournables. "Sans actions décisives dans ces domaines, le commerce extérieur restera l’un des principaux points de fragilité de l’économie mauricienne, mettant à l’épreuve sa résilience face aux chocs externes et aux incertitudes mondiales", estiment les économistes. Patrice Robert, Deputy CEO d’IBL Ltd, soutient pour sa part que "le challenge économique actuel auquel le nouveau gouvernement fait face est réel et la tâche n’est pas simple – nous nous sommes éloignés au fil des années d’une économie productive vers une économie de distribution et de consommation, ce qui est insoutenable dans le temps".
