À Sainte-Marie (Madagascar), la préservation de la biodiversité veut s’inscrire dans une dynamique plus large de développement territorial. La mise en place de l’aire marine et terrestre protégée de Sorkay se conforme à cette approche, qui entend associer protection des écosystèmes, gestion durable des ressources naturelles et amélioration des conditions de vie des communautés riveraines. Soutenue par la Commission de l’océan Indien (COI), cette initiative commence à produire des résultats concrets, même si sa pérennisation reste un enjeu majeur.
Mis en œuvre par Gret Madagascar et la Plateforme de concertation et d’appui au développement durable de l’île Sainte-Marie, avec le soutien financier de l’Agence française de développement (AFD) et du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), le projet s’inscrit dans le cadre du programme régional RECOS de la COI. Son ambition est de faire de la conservation un levier de développement, plutôt qu’une contrainte supplémentaire pour les populations dépendantes des ressources naturelles. L’un des acquis importants concerne l’organisation de la gouvernance locale. Des comités de gestion ont été constitués dans quatre fokontany afin d’associer directement les habitants aux décisions relatives à la protection et à l’utilisation des ressources. Cette démarche vise à renforcer la responsabilité collective et à donner aux communautés une place effective dans la gestion de leur environnement.
Sur le plan réglementaire et territorial, le projet a également permis l’élaboration du schéma d’aménagement de Sorkay, validé aux niveaux local et national. Un arrêté de mise en protection temporaire couvre désormais une superficie de 26 000 hectares. Cette étape constitue une avancée dans la structuration de l’aire protégée et dans la reconnaissance de sa valeur écologique. Elle pose aussi les bases d’une organisation plus cohérente des activités humaines sur cet espace. La dimension économique occupe une place centrale dans cette stratégie. Au total, 372 bénéficiaires ont bénéficié de formations et d’équipements destinés à soutenir des activités génératrices de revenus dans l’agriculture, l’élevage et la production de plants en pépinières. Ces dernières contribuent notamment aux initiatives de restauration des milieux naturels. L’objectif est double : diversifier les sources de revenus des ménages et réduire les pressions exercées sur les écosystèmes.
Le tourisme constitue un autre axe de valorisation. Trois circuits écotouristiques ont été aménagés à Lokinsky, Saint-Joseph et Ampanihy. Ils doivent permettre de mieux faire connaître le patrimoine naturel de Sainte-Marie tout en créant des perspectives économiques pour les initiatives communautaires. Cette orientation suppose toutefois de veiller à ce que la fréquentation touristique reste compatible avec les exigences de conservation. Le projet a par ailleurs favorisé les échanges d’expériences et le renforcement du pouvoir d’action des femmes, dont la participation constitue un facteur important de durabilité des initiatives locales.
Ces avancées marquent une étape, mais ne garantissent pas encore la pérennité du dispositif. La poursuite des démarches de reconnaissance officielle de l’aire protégée, la consolidation des mécanismes de financement et l’implication durable des communautés seront déterminantes. "À Sorkay, le véritable défi consiste désormais à transformer les acquis du projet en un modèle de gestion autonome, capable de protéger durablement le patrimoine naturel de Sainte-Marie tout en faisant bénéficier ses habitants des retombées économiques de sa préservation", a-t-on aussi fait savoir.
