Aux Comores, la présence des femmes dans le tissu entrepreneurial est désormais mesurable, même si leur accès aux responsabilités de direction et aux ressources nécessaires au développement des entreprises demeure un enjeu. Selon le Gender Data Landscape 2026 de la Banque mondiale, 45 % des entreprises interrogées en 2025 comptaient au moins une femme parmi leurs propriétaires. Dans 20,6 % des entreprises, une femme occupait par ailleurs la fonction de dirigeante principale.
Ces données témoignent d’une participation féminine déjà significative à l’activité entrepreneuriale. Elles ne renseignent toutefois pas, à elles seules, sur la taille des entreprises, leur niveau de formalisation ou leur capacité à accéder durablement aux marchés et au financement. La question se déplace ainsi progressivement de l’accès à l’entrepreneuriat vers les conditions permettant aux activités dirigées ou détenues par des femmes de se consolider et de changer d’échelle. La formation, l’accompagnement, la digitalisation et la formalisation constituent plusieurs leviers de cette évolution. L’accès aux services financiers reste également déterminant. Les données de la Banque mondiale montrent qu’en 2024, 41,8 % des femmes comoriennes de 15 ans et plus détenaient un compte auprès d’une institution financière, contre 49,6 % des hommes. Seules 13,7 % des femmes déclaraient avoir épargné auprès d’une institution financière ou au moyen d’un compte de mobile money.
Cette dimension financière s’inscrit dans un contexte institutionnel encore perfectible. Le rapport Women, Business and the Law 2026 estime que les femmes aux Comores disposent de 34 % des droits économiques accordés aux hommes par le cadre juridique évalué. La Banque mondiale relève également un écart entre les dispositions juridiques et leur mise en œuvre effective. Dans ce contexte, le programme lancé le 2 septembre 2026 par la Banque africaine de développement et AXIAN entend renforcer l’inclusion financière des femmes entrepreneures dans plusieurs pays africains. Soutenue par l’initiative AFAWA et la Women Entrepreneurs Finance Initiative, l’initiative comprend notamment un volet consacré à la formation de 25 000 femmes à l’éducation financière, aux compétences numériques et à l’entrepreneuriat. Les Comores figurent parmi les cinq pays concernés, aux côtés de Madagascar, de la Tanzanie, du Sénégal et du Togo.
Un autre volet du programme doit fournir des produits et services financiers numériques à 34 000 micro, petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes à Madagascar, en Tanzanie et au Sénégal. Le dispositif prévoit notamment de s’appuyer sur le mobile money, le crédit numérique et des méthodes alternatives d’évaluation de la solvabilité. Pour les Comores, l’enjeu dépasse donc la seule création d’activités. Il porte sur la capacité à transformer l’entrepreneuriat existant en entreprises mieux structurées, capables d’accéder aux services financiers, d’utiliser davantage les outils numériques et de développer leurs marchés. La progression de cette dynamique dépendra aussi de l’environnement réglementaire, de la formalisation des activités et de la capacité des dispositifs d’accompagnement à atteindre les entrepreneures au-delà des centres économiques.
