Les Seychelles accélèrent leurs efforts pour renforcer et diversifier leur connectivité aérienne internationale. Le Conseil des ministres a approuvé des accords bilatéraux de services aériens avec 33 pays, une décision qui intervient après les perturbations ayant affecté les liaisons aériennes au Moyen-Orient et mis en évidence la dépendance de l’archipel à l’égard de quelques grands hubs internationaux.
Ces accords, connus sous le nom de BASA (Bilateral Air Services Agreements), établissent le cadre juridique applicable aux services aériens entre les Seychelles et les États partenaires. Ils définissent notamment les droits de trafic, les itinéraires autorisés, les fréquences, les conditions d’exploitation ainsi que les dispositions relatives à la sûreté et à la sécurité. Leur ratification permettra leur enregistrement auprès de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Pour les autorités seychelloises, l’objectif est notamment d’élargir les possibilités offertes à la compagnie nationale Air Seychelles. Les accords peuvent faciliter la planification de nouvelles liaisons, mais aussi le développement de partenariats commerciaux, notamment à travers des accords de partage de code. Ils ne signifient cependant pas que des vols directs seront automatiquement créés avec les 33 pays concernés. Ils constituent avant tout une base juridique permettant aux transporteurs d’envisager de nouvelles opérations ou des connexions indirectes.
La décision intervient dans un contexte particulier. Les perturbations enregistrées au Moyen-Orient ont affecté les capacités de plusieurs compagnies desservant l’archipel. Selon le Fonds monétaire international (FMI), les États du Golfe représentent habituellement environ 60 % de la connectivité aérienne des Seychelles. La réduction temporaire de ces liaisons a donc eu des conséquences importantes pour une économie insulaire fortement ouverte sur l’extérieur. Emirates, l’un des principaux transporteurs reliant les Seychelles au réseau international, a notamment rétabli son service quotidien complet vers l’archipel le 1er mai. Le gouvernement seychellois avait alors souligné l’importance de ce rétablissement pour la connectivité du pays.
Cette situation a également rappelé le poids du tourisme dans l’économie nationale. Le FMI considère le tourisme comme la principale source de devises étrangères des Seychelles, avec des effets importants sur le transport, le commerce, la construction et d’autres activités de services. Une perturbation durable des voyages internationaux peut ainsi avoir des répercussions dépassant le seul secteur touristique. La diversification des marchés apparaît dès lors comme l’un des objectifs poursuivis par les autorités. Le vice-président Sebastien Pillay a souligné la nécessité de maintenir des connexions avec les marchés susceptibles d’alimenter les arrivées touristiques, tout en s’interrogeant sur l’opportunité de réduire la dépendance à l’égard des marchés traditionnels.
Cette politique n’est pas nouvelle. Depuis 2012, les Seychelles participent aux négociations internationales de services aériens organisées par l’OACI dans le cadre de l’ICAN. En 2024, le pays avait obtenu des droits de services aériens avec plus de 90 États et conclu ou actualisé plusieurs accords, notamment avec le Royaume-Uni, la Thaïlande, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Allemagne, l’Italie et les Émirats arabes unis. La ratification des 33 nouveaux accords s’inscrit donc dans une stratégie de long terme visant à multiplier les options de connectivité. Pour un petit État insulaire comme les Seychelles, cette diversification peut réduire les risques liés à une concentration excessive des flux sur quelques plateformes de correspondance.
Elle ne supprime toutefois pas les contraintes structurelles liées à l’éloignement géographique et à la taille limitée du marché. La conclusion d’un accord aérien crée des possibilités, mais leur concrétisation dépendra de la demande, de la viabilité commerciale des liaisons et de la capacité des compagnies à les exploiter. Dans ce contexte, la stratégie seychelloise consiste moins à garantir immédiatement de nouvelles dessertes qu’à élargir le cadre dans lequel celles-ci peuvent se développer. La connectivité aérienne demeure ainsi un enjeu à la fois touristique, commercial et économique pour l’archipel.
