Les Comores ont obtenu leur première inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Réunie à Busan, en Corée du Sud, à l’occasion de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial, l’organisation a décidé d’inscrire les six médinas historiques de l’archipel, reconnaissant ainsi leur valeur culturelle et historique à l’échelle internationale.
Une délégation comorienne conduite par le président de l’Union des Comores, Azali Assoumani, a participé à cette session au cours de laquelle la décision a été officialisée. Cette inscription marque une étape importante pour le pays, qui rejoint les quelque 1 200 biens culturels et naturels inscrits sur la Liste du patrimoine mondial depuis l’entrée en vigueur, en 1975, de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. Pour les autorités comoriennes, cette reconnaissance constitue une opportunité de renforcer les politiques de préservation du patrimoine tout en favorisant le développement local. À l’annonce de la décision, le ministre de la Culture, Saïd Mohamed Ali Saïd, a souligné que cette inscription « n’est pas une ligne d’arrivée, mais un point de départ ». Il a rappelé que ces médinas demeurent des espaces de vie où se poursuivent les activités religieuses, commerciales et sociales qui façonnent leur identité depuis plusieurs siècles.
La conservation de ces centres historiques représente toutefois un défi. Plusieurs bâtiments sont fragilisés par le temps, les conditions climatiques et l’urbanisation. Les besoins en restauration s’ajoutent aux contraintes liées au financement des travaux et à la nécessité d’associer les populations locales aux actions de sauvegarde. L’Unesco souligne régulièrement que de nombreux sites culturels et naturels à travers le monde sont confrontés à des risques croissants de dégradation, ce qui renforce l’importance de politiques de conservation durables. L’inscription des médinas intervient également dans le cadre d’initiatives internationales visant à mieux valoriser le patrimoine africain. Les Comores participent notamment au projet « Créer un écosystème patrimonial durable pour le développement socio-économique en Afrique », soutenu par le Royaume d’Arabie saoudite.
Ce programme s’inscrit dans la Stratégie pour le patrimoine mondial en Afrique (2022-2029), qui encourage les États à faire du patrimoine un levier de développement, notamment à travers le tourisme durable, l’artisanat, les industries culturelles et la création d’emplois. Selon le rapport Mémorandum économique de l’Union des Comores – Stimuler la croissance pour de plus grandes opportunités de la Banque mondiale, les investissements consacrés au tourisme dans l’archipel proviennent principalement de partenaires techniques et financiers, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Agence française de développement. Le document indique également que, si l’Office national du tourisme dispose de ressources issues de taxes, de redevances hôtelières, de subventions publiques et de l’exploitation de certains sites, aucun budget spécifique n’est entièrement consacré à la restauration du patrimoine touristique.
Les six médinas inscrites se répartissent entre les îles de Grande Comore et d’Anjouan. Moroni, Itsandra, Iconi et Mitsamiouli se trouvent sur la Grande Comore, tandis que Mutsamudu et Domoni sont situées à Anjouan. Ces ensembles urbains témoignent de plusieurs siècles d’histoire à travers leurs mosquées, palais, fortifications, ruelles et maisons traditionnelles. Héritières des échanges commerciaux et culturels de l’océan Indien, elles constituent un patrimoine architectural et historique majeur dont la préservation est désormais reconnue comme un enjeu d’intérêt universel.
