La biodiversité est bien plus qu’un patrimoine naturel exceptionnel pour les îles du sud-ouest de l’océan Indien. Elle constitue un véritable moteur économique dont dépendent directement des secteurs clés comme l’agriculture et le tourisme. Pourtant, la dégradation accélérée des écosystèmes fragilise ce capital naturel et menace, à terme, la résilience économique des territoires. C’est ce que met en lumière une étude régionale publiée par Cap Business Océan Indien dans le cadre de son programme « Business for Biodiversity » (B4B).
Cette étude couvre les six territoires de l’Indianocéanie : les Comores, Madagascar, Maurice, Mayotte, La Réunion et les Seychelles. Elle analyse les interactions entre les activités économiques et la biodiversité en évaluant à la fois les pressions exercées sur les écosystèmes et la dépendance des entreprises aux services rendus par la nature. Portée par Cap Business Océan Indien dans le cadre du programme Varuna, mis en œuvre par Expertise France avec le soutien financier de l’Agence française de développement (AFD), cette initiative vise à accompagner les entreprises dans l’intégration des enjeux liés à la biodiversité au cœur de leur stratégie de développement.
Pour dresser ce panorama régional, le cabinet ACK International a combiné une revue documentaire approfondie, l’analyse de données territoriales ainsi que des entretiens menés auprès d’acteurs économiques et institutionnels. Douze entreprises issues des secteurs agricole et touristique ont également été sélectionnées comme cas d’étude afin d’illustrer concrètement les liens entre leurs activités et les écosystèmes. « Cette étude inédite met à disposition des opérateurs de ces secteurs une vision plus claire de leur responsabilité, mais aussi des leviers d’action à leur disposition pour la préservation de nos écosystèmes naturels », a expliqué Fanny Haff, chargée de mission Biodiversité à Cap Business Océan Indien.
L’agriculture et le tourisme ont été retenus en raison de leur poids dans les économies insulaires de la région. L’agriculture demeure un pilier de l’emploi et de la sécurité alimentaire, mais certaines pratiques intensives contribuent à la dégradation des habitats naturels, à l’érosion des sols et à la perte de biodiversité. Le tourisme, de son côté, repose largement sur l’attractivité des paysages, des récifs coralliens et des espaces naturels. Toutefois, le développement des infrastructures, l’urbanisation des zones côtières et la pression croissante sur les ressources naturelles mettent progressivement en péril ces mêmes richesses qui fondent son attractivité.
L’étude met ainsi en évidence une réalité fondamentale : la performance économique de ces secteurs est étroitement liée à la bonne santé des écosystèmes. La biodiversité ne représente pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un facteur de compétitivité, de résilience et de création de valeur pour les entreprises. À Madagascar, cette dépendance apparaît particulièrement marquée. Les ressources naturelles représentent plus de 80 % de la valeur totale des richesses tangibles par habitant. Pourtant, le pays fait face à une dégradation rapide de son capital naturel. La perte de 44 % du couvert forestier témoigne de l’ampleur des pressions exercées sur les écosystèmes et des risques économiques qui en découlent.
Classé parmi les 36 hotspots mondiaux de la biodiversité, le sud-ouest de l’océan Indien abrite une concentration exceptionnelle d'espèces et d’écosystèmes uniques. Cette richesse confère aux territoires une responsabilité particulière en matière de conservation. À travers cette étude, Cap Business Océan Indien entend renforcer le dialogue entre entreprises, institutions et experts afin de promouvoir des modèles économiques plus respectueux de la nature. L’objectif est de démontrer que préserver la biodiversité n’est pas seulement une nécessité écologique, mais également une condition essentielle d’un développement durable et prospère pour l’ensemble de l’Indianocéanie.
