Le secteur touristique mauricien, pilier de l’économie nationale, montre des signes d’essoufflement après un début d’année dynamique. Dans ce contexte, l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l'île Maurice (AHRIM) appelle les autorités à intégrer quatre mesures prioritaires dans le budget 2026-2027, afin de préserver la compétitivité de la destination.
Les indicateurs récents traduisent un retournement progressif de tendance. Après une croissance soutenue des arrivées touristiques au premier trimestre — +7,7 % en janvier, +12,1 % en février et +1,3 % en mars —, le mois d’avril a marqué une inflexion. Le nombre de passagers a reculé de 3,1 % sur les trois premières semaines du mois, tandis que le taux d’occupation hôtelier a légèrement diminué, passant de 72 % à 70 %. Des signaux jugés suffisants par les professionnels pour évoquer une « zone de vigilance renforcée ». Pour Shirin Gunny, directrice générale de l’AHRIM, ce ralentissement s’inscrit dans un environnement international dégradé. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, les perturbations du transport aérien et la hausse du coût des voyages long-courriers influencent directement la demande. Une sensibilité accrue pour une destination insulaire éloignée de ses principaux marchés émetteurs.
Face à ces incertitudes, l’association met en avant la nécessité d’agir sur plusieurs leviers. Le premier concerne l’amélioration de l’expérience touristique. L’AHRIM plaide pour un renforcement des standards de qualité, une meilleure transparence des prix et une valorisation accrue des opérateurs agréés et des produits locaux. Elle souligne également les lacunes du dispositif statistique, une partie de l’activité touristique échappant encore aux outils de mesure, ce qui complique le pilotage des politiques publiques. Le deuxième axe porte sur le soutien à l’investissement hôtelier. L’organisation propose un ensemble de mesures fiscales incitatives pour les établissements engagés dans des travaux de rénovation ou de reconstruction. Parmi elles figurent une réduction des loyers sur les terres de l’État, des allègements de charges administratives et fiscales, ainsi qu’un renforcement des dispositifs de formation. L’objectif est de maintenir le niveau de qualité du parc hôtelier, élément clé du positionnement haut de gamme de Maurice.
Troisième priorité : le renforcement des actions de promotion à l’international. L’AHRIM suggère l’instauration d’une double déduction fiscale sur les dépenses de marketing engagées par les opérateurs. Cette mesure viserait à compléter les actions de la Mauritius Tourism Promotion Authority, en permettant aux acteurs privés de déployer rapidement des campagnes ciblées sur les marchés stratégiques. Enfin, l’association insiste sur la nécessité d’intégrer les enjeux environnementaux, en particulier la protection du littoral. Elle propose d’étendre les incitations fiscales existantes aux investissements liés à la préservation des plages et des écosystèmes côtiers. Dans un contexte de changement climatique et d’érosion accrue, ces actifs naturels sont considérés comme essentiels à l’attractivité touristique de l’île.
Le secteur a aussi tenu à mettre en garde contre les répercussions économiques d’un ralentissement prolongé. Le tourisme représente une source majeure de devises, d’emplois et d’activité pour de nombreux secteurs connexes. Son affaiblissement pourrait donc avoir des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. À l’approche d’un exercice budgétaire annoncé comme contraint, les autorités devront arbitrer entre soutien sectoriel et discipline des finances publiques. Les demandes de l’AHRIM illustrent, dans ce contexte, la volonté des professionnels de privilégier des mesures ciblées, susceptibles de renforcer la résilience d’un secteur exposé à des chocs externes croissants.
