Le conflit en Iran a poussé CMA CGM à mettre ses navires à l’abri. Samedi, le troisième armateur mondial a annoncé que tous les bâtiments actuellement dans le golfe Persique, ou en route vers cette zone stratégique, avaient reçu instruction de se protéger « avec effet immédiat ». Dans le même temps, le passage par le canal de Suez a été suspendu jusqu’à nouvel ordre, contraignant les navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Des décisions qui impactent directement le secteur logistique de l'Indianocéanie.
Ces mesures prises par CMA CGM interviennent dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Les frappes menées par États-Unis et Israël contre Iran, suivies de ripostes iraniennes par missiles, font craindre une extension du conflit à l’ensemble des pays du Golfe. La zone, essentielle au commerce mondial, est particulièrement sensible en raison du détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport de pétrole. La Force navale de l’Union européenne a d’ailleurs indiqué que les Gardiens de la Révolution iraniens avertissaient par radio les navires que le transit n’y était « pas autorisé », même si aucune décision officielle de fermeture n’a été actée.
En suspendant le transit par Suez, CMA CGM bouleverse l’une des principales artères du commerce mondial reliant l’Europe à l’Asie. Le détour par le cap de Bonne-Espérance rallonge les trajets de plusieurs milliers de kilomètres, augmentant mécaniquement les délais de livraison et les coûts de transport. Les clients seront contactés pour d’éventuels ports alternatifs de déchargement, mais l’incertitude demeure sur l’ampleur et la durée des perturbations. Les conséquences sont particulièrement sensibles pour l'Indianocéanie. Situées sur la route maritime entre l’Europe et l’Asie, les îles de la région dépendent fortement de cette voie d’approvisionnement. La Réunion constitue même un hub régional pour l’armateur français.
L’allongement des délais d’acheminement pourrait entraîner des tensions sur les stocks, une pression accrue sur les chaînes logistiques et, à terme, une hausse des prix pour les consommateurs. La question énergétique suscite également des inquiétudes. Un éventuel blocus du détroit d’Ormuz ferait grimper les cours du pétrole, avec des répercussions immédiates à la pompe. La sénatrice réunionnaise Audrey Bélim a alerté sur le risque d’augmentation des prix des carburants et appelé à constituer des stocks stratégiques pour anticiper une crise durable.
D’autres acteurs du transport maritime prennent des mesures similaires. L’armateur allemand Hapag-Lloyd, cinquième mondial, a lui aussi suspendu ses passages par le détroit d’Ormuz. Cette prudence généralisée souligne la gravité de la situation et la vulnérabilité des routes maritimes face aux tensions militaires. Alors que les échanges mondiaux reposent largement sur la fluidité des voies maritimes, la crise actuelle rappelle combien les équilibres géopolitiques influencent directement l’économie quotidienne. Pour les territoires insulaires comme La Réunion et Mayotte, l’enjeu est double : maintenir l’approvisionnement et contenir l’impact économique d’un conflit dont l’issue reste incertaine.
