Treize professionnels de la culture ont récemment pris part à une formation en muséographie placée sous le signe de l’émotion et de la transmission. Organisée entre l’Iconothèque historique de l'océan Indien (IHOI) et le village de Entre-Deux de La Réunion, cette initiative avait une ambition forte : apprendre à raconter l’histoire des îles de l’océan Indien avec le cœur, en transformant le patrimoine en une expérience vivante et accessible à tous.
Pendant plusieurs jours, les participants ont alterné visites de terrain, ateliers pratiques et temps d’échanges. Loin d’une approche strictement académique, la formation a privilégié l’expérimentation et le partage de savoirs. Il s’agissait non seulement d’acquérir des outils techniques en scénographie et en médiation culturelle, mais aussi de repenser la manière de transmettre les mémoires insulaires. Comment faire ressentir une histoire ? Comment donner à voir et à comprendre les héritages culturels sans les figer dans le passé ? Ces questions ont guidé les travaux collectifs.
La muséographie contemporaine ne se limite plus à exposer des objets derrière des vitrines. Elle cherche à créer des parcours sensibles, immersifs et participatifs. Dans le contexte de l’Indianocéanie, où les identités se sont construites au croisement de multiples influences — africaines, européennes, asiatiques et malgaches —, raconter l’histoire suppose de faire dialoguer les voix, les récits et les mémoires. Les participants ont ainsi exploré de nouvelles formes narratives : dispositifs interactifs, témoignages sonores, mise en espace des traditions orales, valorisation des savoir-faire artisanaux.
L’objectif affiché était clair : transformer l’héritage des îles en une expérience capable de toucher tous les publics, des scolaires aux habitants, en passant par les visiteurs internationaux. En plaçant l’émotion au centre de la démarche, la formation a encouragé les professionnels à concevoir des expositions qui suscitent l’identification et l’engagement. Car transmettre le patrimoine, c’est aussi créer un lien entre passé et présent, entre mémoire collective et trajectoires individuelles. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet ICC porté par la Commission de l'océan Indien (COI), avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD). Elle a été mise en œuvre par HYDEA, acteur engagé dans l’accompagnement de projets culturels et patrimoniaux. À travers ce programme, la COI entend renforcer les industries culturelles et créatives dans la région, en soutenant la professionnalisation des acteurs et la coopération entre les territoires.
La prochaine étape est déjà annoncée : la co-création d’une exposition itinérante consacrée aux architectures traditionnelles de l’Indianocéanie. Ce projet collectif permettra de valoriser les formes d’habitat, les matériaux locaux et les savoir-faire constructifs qui témoignent de l’adaptation des populations à leur environnement. En circulant d’île en île, l’exposition favorisera le dialogue régional et la reconnaissance d’un patrimoine partagé. Au-delà de la formation elle-même, cette dynamique illustre une conviction forte : les patrimoines insulaires ne sont pas seulement des traces du passé, mais des ressources vivantes pour penser l’avenir. "En apprenant à raconter l’histoire avec le cœur, les professionnels de la culture contribuent à renforcer le sentiment d’appartenance, à stimuler la créativité et à faire des musées et des expositions des espaces de rencontre et d’émotion. Une manière sensible et engagée de faire vivre l’âme des îles", a-t-on aussi expliqué.
