Le dernier Baromètre Orchestra publié par L’Écho Touristique met en lumière une réalité contrastée du tourisme français : si certaines destinations enregistrent des progressions spectaculaires, l’océan Indien, dans son ensemble, demeure largement absent des radars. Une exception notable toutefois : l’île Maurice, qui confirme son statut de valeur sûre auprès de la clientèle hexagonale.
Dans le classement des destinations les plus dynamiques, Maurice apparaît comme la seule représentante de sa zone géographique. Ni La Réunion, ni Mayotte, ni les Seychelles, ni Madagascar ne figurent dans le top 20. Cette absence remarquée souligne le déficit de visibilité de ces territoires sur le marché français. Elle place de facto l’île sœur en situation de quasi-monopole dans l’esprit des voyageurs lorsqu’il s’agit d’envisager un séjour dans l’océan Indien. Cette singularité n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète une stratégie marketing cohérente et constante menée par la Mauritius Tourism Promotion Authority, appuyée par les investissements soutenus des grands groupes hôteliers mauriciens tels que Beachcomber, Constance, Heritage ou The Lux Collective.
Selon les analystes, ces acteurs ont su entretenir une présence active auprès des tour-opérateurs et des agences françaises, tout en consolidant une image haut de gamme, stable et rassurante. Dans un contexte international incertain, cette perception constitue un avantage compétitif déterminant. L’exemple de l’Égypte illustre d’ailleurs la capacité d’une destination à rebondir rapidement. Avec une progression spectaculaire de 52,7 %, le pays se hisse au 5e rang mondial du baromètre. Après plusieurs années marquées par l’instabilité et la défiance, Le Caire a réussi à reconquérir la clientèle française grâce à une combinaison de prix attractifs, d’efforts promotionnels soutenus et d’un retour de la confiance sécuritaire. Une performance que Maurice observe avec attention, consciente que la fidélité des voyageurs ne peut jamais être considérée comme acquise dans un marché devenu extrêmement volatil.
Les perspectives pour 2026 s’annoncent toutefois contrastées. Selon l’Observatoire des Entreprises du Voyage, le marché global accuse un recul de 2,1 %, avec une baisse équivalente du nombre de dossiers. Le contexte géopolitique tendu, les incertitudes économiques et la prudence accrue des ménages influencent directement les choix de destinations. Les voyageurs privilégient désormais les pays perçus comme sûrs, politiquement stables et offrant un bon rapport qualité-prix. Dans cet environnement plus exigeant, l’île Maurice dispose d’atouts solides pour consolider sa position. Son image de destination premium, la qualité reconnue de ses infrastructures hôtelières et la constance de son offre constituent des arguments de poids. Surtout, l’absence de concurrence régionale visible dans les classements lui permet de capter presque exclusivement la demande française orientée vers l’océan Indien.
Le défi pour Port-Louis sera néanmoins double. D’une part, maintenir la dynamique commerciale dans un marché en léger recul. D’autre part, gérer la hausse du panier moyen, alors que les voyageurs français se montrent de plus en plus attentifs à leurs dépenses. La débâcle de certaines destinations long-courriers, notamment américaines, et le succès de pays proposant des tarifs compétitifs rappellent que le critère prix redevient central. Les réservations enregistrées en janvier, traditionnellement révélatrices des tendances pour le printemps et l’été, seront déterminantes. Elles diront si Maurice parvient à transformer son statut d’exception régionale en avantage durable, ou si l’océan Indien continuera, au-delà de ses plages paradisiaques, à rester l’angle mort du tourisme français.
